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IRES : L’État social à l’épreuve de l’austérité

lundi 7 février 2011

L’Institut de Recherches Économiques et Sociales (IRES), présidé par Patrick Gonthier, secrétaire général d’UNSA Éducation, a organisé le 3 février dernier au Conseil économique social et environnemental, un colloque appelé « Les Entretiens de l’IRES ». Cette initiative qui a lieu deux fois par an, soumet au débat public des travaux de l’Institut. Cette fois, c’est le numéro spécial de novembre 2010 ayant pour thème : « L’État social à l’épreuve de l’austérité » qui a été l’objet des échanges entre syndicalistes et chercheurs. Pour l’UNSA, Michel Guerlavais, secrétaire national, a souligné la qualité et l’intérêt des travaux de l’Institut.

Entretiens de L’IRES

L’Etat social à l’épreuve de la crise : de la rigueur à l’austérité

2ème table ronde intitulée « Les enjeux économiques et sociaux des politiques d’austérité »

Je suis un peu surpris que, dans les articles de la publication cités pour cette 2ème table ronde, ne figure pas le Post-scriptum : « Quelles alternatives aux politiques actuelles de rigueur ? ». En effet, pour nous syndicalistes, il est fort utile de comprendre les processus en cours : • la généralisation à tous les pays des plans d’austérité, • l’évolution des relations sociales, • les enjeux de l’Union européenne révélés par la crise. Mais cette compréhension des processus en cours, des choix politiques et de leurs conséquences n’est pas seulement utile pour critiquer. Elle est indispensable pour proposer. De ce point de vue, le Post-scriptum est intéressant car, de manière brève, il donne des pistes qui recoupent ce que nous pouvons préconiser sur un plan national et européen.

Je voudrais dire mon plein accord avec les analyses présentées dans les articles que je viens de citer. Ils affirment judicieusement que les politiques des Etats ou de l’Union européenne n’apportent pas de réponse aux causes profondes de la crise et en particulier aux inégalités et à une répartition très injuste des richesses.

Je pense utile d’insister, comme le fait l’article, sur la nécessité de réduire à terme les déficits et les dettes publics, en raison des effets anti-redistributifs liés à la charge de la dette. Pour l’UNSA, le débat n’oppose pas ceux qui veulent réduire la dette et ceux qui veulent la laisser filer. Le débat oppose ceux qui veulent réduire la dette trop tôt, trop rapidement et partout en même temps et ceux qui veulent procéder progressivement et de manière différenciée.

Ce choix des gouvernements d’aller vite n’est pas innocent car il conduit à privilégier des politiques d’austérité draconiennes. Cela passe par des coupes dans les dépenses sociales, dans les services publics et même dans les investissements publics, en évacuant au passage tout débat sur la contribution à la réduction du déficit qu’apporterait une augmentation des recettes par une réforme fiscale de grande ampleur. Cette réforme devrait rétablir une fiscalité progressive sur les revenus et le capital. En fait, soyons clairs, ce choix des gouvernements est l’application stricte du modèle néolibéral.

D’autre part, je voudrais au moins citer la taxe sur les transactions financières, la réglementation des marchés financiers, la lutte contre les inégalités par la hausse des salaires, et la hausse des dépenses de protection sociale. Mesures indispensables pour soutenir la demande ; car il faut impérativement soutenir la demande.

L’UNSA soutient aussi le recours à des euro-obligations pour, à la fois, financer de manière communautaire les dettes publiques et conduire des politiques d’investissement. Cela rejoint la proposition faite par la CES d’un plan européen ciblé et sur l’endettement, et sur l’investissement.

Mais au-delà des mesures macroéconomiques, je voudrais insister sur le fait que vous avez raison d’affirmer que cette crise offre une opportunité de redéfinition de la stratégie syndicale quand les organisations syndicales se mobilisent avant tout sur la dimension nationale alors que les enjeux apparaissent de nature internationale ou au moins européenne. Pour ce qui concerne l’UNSA, et encore plus face à la crise, l’Europe fait clairement partie des solutions. La préparation du Congrès de la CES montre que ces questions seront à l’ordre du jour.

Pour conclure, un point de désaccord avec la conclusion du Post-scriptum qui aura retenu mon attention. En effet, il est écrit qu’ « il conviendrait, tout en conservant un euro unique convertible pour les échanges entre la zone euro et le reste du monde, de permettre des dévaluations et réévaluations internes à la zone au moyen de monnaies internes réajustables pour chaque pays ou groupe de pays ». Si je comprends bien cette proposition, qui sonne un peu comme un retour à l’Ecu, j’ai bien peur qu’on tourne le dos à une Europe plus solidaire et plus intégrée. Par ailleurs, les fluctuations des monnaies internes, et donc la guerre des monnaies, risquerait d’y aller bon train au sein de la zone euro. Et je dirais bonjour l’inflation qui dévalue en premier lieu les salaires.

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